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Des critiques, des essais, des photos...Tous pour le 7e Art...enfin presque...
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14.09.2007
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Babel

Babel

Posté le 14.09.2007 par Chapelier toqué
Babel

Synopsis : En plein désert marocain, un coup de feu retentit. L'incident implique plusieurs destinées : un couple de touristes américains en quête d'un second souffle, deux jeunes Marocains auteurs d'un crime accidentel, une nourrice qui voyage illégalement avec deux enfants américains et une adolescente japonaise sourde et muette.


Un titre qui annonce déjà sa visée *1 : rassembler tous les langages existant et d’écouter ce que l’Autre a à dire. Pari gagné ! Les préjugés sont monnaies courantes dans nos sociétés et ce film nous rappel à quel point nous somme proches de ceux que nous connaissons mal, ou plutôt que nous ne connaissons plus.
Tour à tour une œuvre d’un naturalisme justement pesé, une satire et un message humaniste ( sans oublier bien sur un montage et une direction d’acteur exemplaire), « Babel » est une œuvre unique et le troisième volet de la trilogie de l’excellent Alejandro González Inárritu après « Amours chiennes » et « 21 grammes ».
Notre regard se pose tour à tour sur les vastes plaines désertiques du Maroc, sur le folklore mexicain et la magie de Tokyo.

Le Maroc

La vie au Maroc tout d’abord, chose qui pourrait paraître risquée car montrer le quotidien d’une famille marocaine pourrait ennuyer à la longue. Bien au contraire, l’image et la musique combinées aux performances des acteurs captivent littéralement. On écoute le message et l’on comprend que ces deux enfants ressentent nos tourments d’adolescent, le désir sexuel ( voire l’inceste, ce qui est le cas dans le film, suivi de la masturbation), la volonté d’être le préféré de « papa », l’exclusion( notamment pour le grand frère qui se voit supplanté par le benjamin, celui-ci étant meilleur tireur), la peur d’assumer ses fautes…
Ce n’est pas parce que notre culture diffère d’une autre et que les kilomètres nous séparent que nous sommes supérieurs ou inférieurs voire différents de l’Autre.
Toujours situé dans le même espace géographique et en lien avec la Connaissance de l’Autre, le couple de touriste américain. Loin de trouver la détente à laquelle ce voyage les destinait Susan Jones ( Cate Blanchett) et Richard Jones (Brad Pitt) s’accusent l’un l’autre des malheurs qui les touchent. Cette main qui effleure celle de Richard, quelque instant avant que la balle n’atteigne Cate Blanchett, et qui se retire ensuite est le symbole parfait de leur relation en désuétude. Mais les évènements vont les rapprocher et leur permettre de se (re)connaître.
On retrouve de nouveau la même thématique du langage perdu (cf. La tour de Babel) qui se retrouve.

Le Mexique

Alejandro González Inárritu, par l’intermédiaire des deux enfants américains ( ceux du couple de touriste), nous immisce dans l’univers du Mexique. Tout comme eux nous découvrons un nouveau monde qui pour une fois est en corollaire avec nos représentations. La scène qui est le plus en mesure de souligner l’impact de cette découverte est celle dans laquelle le neveu de la nourrice, qui a amenée les enfants au mariage de son fils, conduit les deux petits américains et le reste de la marmaille dans un poulailler. Ce qui semblait être un jeu pour eux se transforment en peur et en incompréhension. En effet au moment où l’un des deux enfants capture un poulet, l’adulte rassemble l’ensemble des bambins et sous leurs yeux devise la tête d’un des poulets. Tandis que les petits mexicains courent après la carcasse en proie aux derniers réflexes des nerfs, la caméra se fixe sur l’expression de total désarroi du petit américain. Mais d’autres (més)aventures les attendent !

Tokyo

On a pu découvrir son caractère unique et magique tout aussi déroutant dans le très sympathique « Lost in Translation » de Sofia Coppola. L’apport d’ Inárritu met l’accent sur l’une des jeunesses les plus unique au monde.
« Battle royal » la montrait déjà sous ses deux aspects : violente et innocente ou plutôt en proie aux exigences de la vie. Je rappel que le taux de suicide est très élevé chez la jeunesse japonaise. Bref, on retrouve tous cela dans Babel par l’intermédiaire de cette adolescente japonaise sourde et muette. Tout ce qu’elle demande c’est être compris et que sa détresse( et ses besoins d’amour via le sexe) le soit aussi. Mais comment se faire entendre quand on est sourd et muet ? Par la colère ? La drogue (Seul moment du film où elle parvient à rentrer en connivence avec le monde qui l’entoure*2 et de se voir enfin désiré) ? Par les larmes ? Le suicide ?*3



Une satire

Elle se présente sous trois principaux aspects : tout d’abord à l’encontre des touristes en passant par la télévision et ses ribambelles de journalistes et enfin les relations d’Etat à Etat.
Les touristes se rapportent naturellement à « Nous » dans le sens où le manque de discernement, de culture et d’éducation (tout du moins pas entièrement basée sur la télévision) les et nous conduit à stéréotyper les indigènes. Ces regards indécents et candides tout à la fois se posent sur les autochtones comme sur de simples animaux exposés dans un zoo. Puis vient le moment de s’arrêter dans un village voisin. Pas question, ces gens sont dangereux et détestent les occidentaux ! Ils vont nous égorger ! Voilà le portrait brossé du touriste ordinaire. A noter néanmoins que quelques-uns d’entre eux sont très affables et ouverts. Comme quoi la règle de la minorité s’applique aussi bien aux indigènes qu’aux étrangers.
La presse n’échappe pas à la satire, nonobstant son côté « pratique » de diffusion de l’information ( quand elle n’est pas déformée ou manipulée), Babel met en avant cette manie de filmer le plus près possible le malheur d’autrui. Comme il est gênant pour nous, société plutôt aisée et exempte de toute guerre ouverte, de voir cette souffrance alors qu’une table bien garnie nous attend.
Dernière victime : les Etats. Ce n’est pas à proprement parler eux qui sont visés mais les difficultés d’entente entre-eux. Je m’explique. Il est nécessaire à Susan ( Cate Blanchett) de se faire évacuer dans un hôpital. Cependant les Etats Unis ( par l’intermédiaire de l’ambassade prévenue par un proche du couple) se refusent à laisser les autorités marocaines s’occuper de cela, prenant cet incident comme une attaque ouverte. Le temps passe et la vie ne tient qu’à un fil pour Susan.
Sur le plan humain, Babel en ait remplit. Mais j’aimerais mettre en relief le fait que les musulmans nous sont montrés comme faisant partie intégrante de la communauté humaine et que le terrorisme ne concerne qu’une partie d’infidèles fous et lâches qui entachent cette religion. D’autre part une image très forte et très bien mise en valeur se situe au moment où Brad Pitt tend une poigné de dollars au guide marocain pour le remercier de son aide, celui-ci refuse catégoriquement. Un geste plein d’humanisme et de solidarité.
En sommes Babel est un film envoûtant et nantit d’un important message.
Cette critique succincte ne met pas en valeur tous les nombreux aspects de ce long métrage mais témoigne de ce qui m’a le plus touché.







*1 : Babel est le nom désignant la ville de Babylone dans la Bible hébraïque, ville dans laquelle est supposée avoir été construite la tour de Babel.
La tour de Babel est évoquée dans la Genèse, au chapitre chapitre 11, versets 1 à 9 :
« Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. L'Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l'Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la Ville. C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre. »

*2 : La drogue était, selon Baudelaire, un moyen utile de tricher avec la mort en atteignant pour un moment le paradis.

*3 : Le langage trouve, dans cette partie du film, toute son importance.




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:: Les commentaires des internautes

Un peu long mais précis
Posté par Aaricia le 22.09.2007
Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir Babel (le cinéma est cher et blabla) mais il m'intéressait déjà beaucoup.

Ta critique me donne encore plus envie de le voir ... Je pense à le louer.

Ta critique est trop longue (il faudrait un peu mieux l'agencer en ce qui concerne le style) mais j''aime beaucoup ton esprit qui s'attarde sur tous les détails et l'attention que tu portes au coté social du film.

Cette idée d'expliquer le titre est géniale. Le lien avec Baudelaire ne devait pas etre évident à trouver, non?

Bravo en tout cas ...
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