SYNOPSIS
Xavier (Romain Duris), étudiant en sciences économiques, rêve d'être écrivain. Mais son destin semble être d'intégrer le ministère des Finances grâce à un ami de son père, qui lui conseille d'aller vivre une année en Espagne, afin d'acquérir une spécificité qui favorisera son embauche. Il décide donc de faire une année d'études à Barcelone grâce au programme Erasmus.
Loin de sa copine Martine (Audrey Tautou), il se retrouve à partager en colocation un appartement avec d'autres étudiants étrangers (une Belge, un Allemand, une Anglaise, un Danois...). Entre dépaysement, choc culturel, difficulté de la langue (les cours sont en catalan alors qu'à l'étranger on apprend le castillan), il commence à s'intégrer en profitant de sa vie d'étudiant.
AVIS PERSONNEL
Un désordre organisé comme le précise Xavier ( campé par le sympathique Romain Duris): voilà comment on peut résumer ce film et également sa suite ( "Les poupées russes").
Mais tout d'abord restons en au premier jet de cette trilogie centré sur le personnage de Xavier.
"L'auberge espagnole" explore des thèmes pour la plupart relatifs aux domaines sociales et humains.
En effet les nouvelles structures et débouchés liés à l’émergence de la Nouvelle Europe démontrent à quel point l’anarchie règne dans la nouvelle administration. A l’image de la demande d’information de Xavier pour un dossier Erasmus, un véritable casse tête; autorisations d’ici et de là-bas, carte d’assurance étudiant…Bref vive l’Europe et l’administration française !* *2
Également présent le problème d’identité qui touche les différents pays du monde et surtout l’Europe ( via la mondialisation). Bien entendu c’est l’Espagne qui est mise en valeur et le problème Catalan ( pas forcément lié à la mondialisation effectivement). Cette demande de Cécile de France,en plein cours, au professeur catalan de parler espagnole pour plus de facilité de compréhension lui est renvoyé droit au visage: « si vous voulez parler espagnol allez à Madrid où en Amérique du sud! »
Mais l’échange entre Isabelle ( Cécile de France) et un catalan d’origine africaine résume parfaitement cette névrose de l’identité. L’une des morales du films peut d’ailleurs se résumer au fait que malgré la langue et la culture nous sommes tous issus de l’humaine condition ,pour reprendre( très mal) le Grand Montaigne.
On en apprend également beaucoup sur l’homme moderne. Notamment sur ce penchant pour l’adultère que beaucoup pratiquent en toute impunité et sans ressentir de gêne*3. Xavier fait partit de ceux-là. À chaque instant on sent le désir naître pour chaque fille et femme qu’il croise ( très bien illustré au moment où Xavier tente de se concentrer sur son travail mais perturbé par les apparitions de Cécile de France, de Judith Godrèche et de bien d’autres encore!). Malgré cette infidélité totale on parvient à le comprendre à souffrir avec lui (sur le moment en tout cas) quand deux d’entres elles le « lâchent » .
Ces actes de fraternité timide qui se manifestent dans des endroits sporadiques de notre société trouvent place dans le monde de Cédric Klapisch. La séquence qui illustre le mieux cela se situe au moment où le petit amie de Wendy (Interprétée par la très belle et très talentueuse Kelly Reilly, l’une des colocataires de Xavier)
Souhaite rendre une visite surprise à Wendy alors que celle-ci se trouve avec son amant( infidélité toujours). Tous vont courir dans les rues de Barcelone dans le but d’arriver avant le dit petit ami. Et c’est le bouffon de service ( le frère de Wendy), celui qui exaspère tout le monde, qui parvient à éviter le pire. Très bon retournement de situation et de personnage.
Concernant la technique, que de bonnes choses. Cette façon de filmer si près des sujets et des lieux fait penser à un documentaire mêlé à de la fiction tandis que les découpages, montages d’images simples ( cet avion dans les airs qui va à droite et à gauche,selon les allés et venus des héros) et les incrustations rendent cet ensemble très ludique.
Ce qui laisse à penser que le travail de préparation fut consistant et complet.
En conclusion un film très humain qui vise ( et critique?) justement les problèmes internationaux et humains et également nantit d’une interprétation de très bonne qualité ( Romain Duris, Judith Godrèche, Kelly Reilly, en tête).
A voir également « Les poupées russes ».
* Terry Gilliam et son « Brazil » sont de dignes prophètes !
*2 : Comme cela était moins compliqué avant ( c’est-à-dire pendant l’Antiquité voire Moyen-âge) comme le précise Xavier. Oui, pas de pollution, pas de numéros de sécurité social et d‘assurance, pas de matricule, pas de permis de conduire. D’autres problèmes certes ,mais que l’on regrette tout de même cette époque vierge de toute pollution ! (technologique du moins)
*3: La différence sexuelle est également mise en valeur ( le penchant d’Isabelle pour les femmes notamment)